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Une patrouille bien organisée dans les ganglions lymphatiques

Peer-Reviewed Publication

University of Lausanne

Le groupe de recherche du Pr Sanjiv Luther, au Département d’immunobiologie de l’Université de Lausanne, a découvert qu’un sous-type de fibroblastes était essentiel à la coordination de certaines cellules immunitaires au sein des ganglions lymphatiques. Un pas de plus dans la compréhension du fonctionnement de l’immunité face aux infections ou aux cancers.

Notre corps est parsemé de centaines de structures appelées ganglions lymphatiques, qui agissent comme des points de contrôle du système immunitaire. De la taille de petits pois, ces organes sont responsables de surveiller attentivement un liquide appelé lymphe pour le protéger contre de potentiels dangers. Ils sont hautement organisés, avec des régions distinctes dédiées à différents types de cellules immunitaires. Cet agencement permet à l’immunité de détecter les menaces de manière efficace.

Comment cette répartition se met-elle en place précisément? Comment chaque type cellulaire sait-il où se disposer au sein du ganglion? Les réponses à ces questions étaient jusqu’à présent mal connues pour certains types cellulaires du système immunitaire. Or une nouvelle étude de l’Université de Lausanne (Unil), parue le 23 avril 2026 dans la revue Immunity, identifie un mécanisme primordial pour la compartimentation des ganglions lymphatiques.

Sonner l’alarme!

Importants pour se défendre contre les agents infectieux ou les cellules cancéreuses, les ganglions lymphatiques sont des petits renflements distribués le long des vaisseaux lymphatiques. Ils peuvent être localisés en surface, dans le cou, l’aisselle ou l’aine, mais aussi plus profondément dans l’abdomen ou le thorax. Lorsqu’un signe d’infection ou de cancer est repéré par la patrouille dans les tissus affectés et les ganglions lymphatiques associés, l’alerte est lancée et des cellules immunitaires sont activées pour combattre le danger détecté. Parmi ces cellules figurent les lymphocytes T cytotoxiques, qui se multiplient rapidement, se transforment en cellules «tueuses» et se déplacent vers les zones touchées pour détruire les cellules infectées ou cancéreuses. Ce processus est optimal grâce à une organisation précise au sein des ganglions lymphatiques. «Par exemple, les lymphocytes T cytotoxiques se trouvent généralement dans les zones centrales du ganglion, où ils interagissent avec des cellules spécialisées appelées cellules dendritiques de type 1, qui leur présentent des signaux de danger», explique la DreSc. Nagham Alouche, chargée de recherche dans l’équipe du Pr Sanjiv Luther. Les mécanismes qui régissent cet agencement cellulaire étaient jusqu’ici encore mal compris.

Les fibroblastes, des cellules cheffes d’orchestre

Le laboratoire de Sanjiv Luther, professeur au Département d’immunobiologie (DIB) de la Faculté de biologie et de médecine de l’Unil, s’intéresse depuis de nombreuses années aux interactions entre les cellules structurales et les cellules du système immunitaire, et plus particulièrement dans les ganglions lymphatiques. Dans cette nouvelle étude, dirigée par le Pr Luther et la DreSc. Nagham Alouche, les scientifiques ont identifié un groupe spécifique de cellules de soutien, appelées fibroblastes, qui jouent un rôle clé dans l’organisation du compartiment central du ganglion lymphatique chez les souris. Les fibroblastes de cette région centrale (MAdCAM1+) produisent de grandes quantités d’une molécule de signalisation, Ccl19, qui agit comme un «signal d’attraction» des lymphocytes T cytotoxiques, les regroupant au bon endroit avec les cellules dendritiques de type 1.

Les biologistes ont également élucidé comment ces fibroblastes sont à leur tour contrôlés. «Une voie de signalisation impliquant les molécules Notch2 et RBPj maintient les fibroblastes actifs, tandis qu’une autre molécule, Jagged-1, produite principalement par les cellules dendritiques de type 1, aide à déclencher ce processus», détaille la chercheuse et première auteure de l’article publié dans Immunity. Des expériences complémentaires ont montré que cette cascade moléculaire doit être maintenue en permanence tout au long de la vie pour assurer un bon fonctionnement du système immunitaire. «En effet, chez des souris n’exprimant pas Notch2 dans les fibroblastes, les lymphocytes T cytotoxiques ne développent pas de réponse mémoire efficace, qui devrait être normalement sollicitée lors de la réinfection par le même pathogène ou de la récidive de la même tumeur», ajoute le chercheur.

Au-delà des «petits pois», un processus biologique répandu

Bien que l’étude se soit principalement concentrée sur les ganglions lymphatiques, le même mécanisme de régulation de Ccl19 par la signalisation Notch2 dans les fibroblastes a également été démontré dans d’autres organes lymphoïdes tels que la rate, qui filtre le sang, et les plaques de Peyer, qui sont importantes pour la réponse immunitaire dans l’intestin. Les travaux ont été menés majoritairement chez la souris. Toutefois, des structures et interactions cellulaires similaires ont été identifiées dans des régions centrales des ganglions lymphatiques humains, suggérant que la dépendance à Notch2 des fibroblastes producteurs de Ccl19 est conservée entre les espèces.

«Dans l’ensemble, ces résultats enrichissent notre compréhension de l’organisation du système immunitaire et de la manière dont il déclenche des réponses efficaces contre les infections et le cancer. À l’avenir, ces connaissances pourraient contribuer à améliorer la conception des vaccins et à mieux comprendre pourquoi les défenses immunitaires échouent parfois face à certains pathogènes ou à certaines tumeurs,» conclut le Pr Luther, dernier auteur de l'article.


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