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Une main en caoutchouc aide à la compréhension du lien entre le corps et l’esprit

Selon une étude, une image de soi plus floue est associée à une perception plus malléable du corps

Peer-Reviewed Publication

McGill University

Une équipe de recherche de l’Université McGill a constaté que les personnes ayant une image de soi moins bien définie avaient également tendance à avoir une conscience corporelle moins développée. Ces résultats viennent étayer l’hypothèse selon laquelle la conscience de soi et la façon dont on perçoit son propre corps sont étroitement liées.

Selon l’équipe, cette étude permet de mieux comprendre la « cognition incarnée », c’est-à-dire le lien entre l’esprit et la conscience corporelle fondamentale, mais elle pourrait également avoir des applications concrètes dans le traitement de certains troubles psychiatriques.

Une conscience de soi plus malléable?

Menée auprès de 77 membres de la communauté de McGill, âgés de 18 à 40 ans, l’étude reproduit et confirme les résultats de travaux réalisés précédemment par Sonia A. Krol, également coauteure de la présente étude. Les participantes et participants ont pris part à une expérience bien connue en psychologie, appelée « illusion de la main en caoutchouc ».

Dans cette expérience, une des mains de la personne participante était dissimulée derrière un paravent, tandis qu’une main en caoutchouc était placée bien en vue. La main du sujet et la main artificielle étaient toutes deux recouvertes d’un gant de sorte que toute différence de teint soit masquée. Les chercheuses et chercheurs ont ensuite touché la vraie main et la main artificielle à l’aide d’un pinceau, tantôt simultanément, tantôt en décalage.

Selon Jennifer Bartz, auteure en chef de l’étude, professeure au Département de psychologie et directrice du Laboratoire d’attachement et de prosocialité de l’Université McGill, les chercheurs s’attendaient à ce que les participants aient l’impression que la main en caoutchouc était la leur lorsque les deux mains étaient touchées simultanément – ce qui a généralement été observé. Toutefois, certaines personnes ont également ressenti de la confusion lorsque les mouvements n’étaient pas synchronisés.

Les personnes les plus sensibles à cette illusion obtenaient généralement des résultats plus faibles sur une échelle mesurant la clarté, la cohérence et la stabilité de leur conscience de soi dans le questionnaire qui accompagnait l’étude.

« Ce constat semble indiquer que ces personnes pourraient avoir une représentation plus malléable de leur corps, ce qui les rend plus susceptibles d’intégrer des éléments de leur environnement à leur conscience de soi, même dans des situations où la plupart des gens n’y seraient pas enclins », explique Jennifer Bartz.

Deux perceptions du soi intimement liées

Selon Willis Klein, auteur principal de l’étude et doctorant au Département de psychologie, la cognition incarnée se justifie d’un point de vue évolutionniste, mais a rarement fait l’objet de recherches empiriques.

« C’est incroyable de pouvoir s’appuyer sur cet élégant cadre théorique et dire : "Voici des données expérimentales qui viennent étayer cette conception assez intuitive de ce qu’est l’esprit" », souligne-t-il.

L’équipe estime que les résultats de l’étude ouvrent la voie à d’autres recherches, notamment sur le rôle de la cognition incarnée dans des processus comme l’empathie, ainsi que sur l’amélioration de la prise en charge clinique de personnes ayant une image de soi moins stable, comme celles vivant avec un trouble de la personnalité limite.

L’étude

L’article « Self-Concept Clarity and Interoceptive Updating in the Rubber-Hand Illusion: A Double Replication Study », par Willis Klein, Amy J. Gregory, Sonia A. Krol et Jennifer A. Bartz, a été publié dans la Revue canadienne de psychologie expérimentale.

Cette étude a été financée par le Conseil de recherches en sciences naturelles et en génie du Canada et le Fonds de recherche du Québec ‒ Société et culture.


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