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Un même point de départ pour des cancers différents

Une étude montre qu’à partir d’une cellule unique, des tumeurs peuvent rapidement emprunter des trajectoires divergentes chez l’humain.

Peer-Reviewed Publication

University of Liège

Comment naissent les différents sous-types de cancers ? Sont-ils issus de cellules d’origine distinctes, ou d’une même cellule multipotente capable de se différencier en plusieurs types cellulaires? Cette question, débattue depuis des décennies en biologie du cancer, trouve aujourd’hui un nouvel éclairage grâce aux travaux de l’équipe du Laboratoire de Pathologie Expérimentale de l'Université de Liège, en collaboration avec des chercheurs de l'Université Paris Cité et de la Sorbonne Université.

Les scientifiques se sont intéressés aux carcinomes adénosquameux du col de l’utérus, des tumeurs rares mais particulièrement instructives. Celles-ci associent en effet deux types de cellules cancéreuses, glandulaires et épidermoïdes, au sein d’une même tumeur, dans un contexte commun d’infection par le papillomavirus humain (HPV). Un modèle idéal pour comprendre comment plusieurs identités tumorales peuvent se développer et coexister.

En combinant des analyses histopathologiques, virologiques et génomiques de pointe, les chercheurs ont pu comparer séparément ces deux composantes tumorales au sein de mêmes échantillons. Leur constat est sans équivoque : les cellules cancéreuses glandulaires et épidermoïdes partagent une origine commune. Elles présentent notamment des caractéristiques virales identiques (mêmes variants de HPV et mêmes sites d’intégration dans l’ADN humain) ainsi qu’une partie de leurs altérations génétiques.

Mais cette proximité initiale ne dure pas. Très tôt dans le développement tumoral, les deux populations cellulaires malignes se séparent et évoluent indépendamment, chacune suivant sa propre trajectoire. Fait marquant : seule une petite fraction des altérations génétiques est commune aux deux composantes, ce qui indique que la divergence intervient précocement dans le développement cancéreux, avant l’accumulation de la majorité des mutations.

« Cette étude fournit des preuves robustes et directes, chez l’humain, que des phénotypes tumoraux distincts peuvent émerger à partir d’un événement initiateur unique via une divergence clonale précoce », explique Michael Herfs. « Le projet, soutenu par un Audacious Medical Grant du FNRS, repose sur une hypothèse innovante dont l’issue restait incertaine ; la publication scientifique validant le postulat de départ constitue dès lors une source particulière de satisfaction. »

Ces résultats remettent en question l’idée classique selon laquelle chaque sous-type de cancer proviendrait d’une cellule d’origine spécifique. Ils soutiennent plutôt un modèle selon lequel une cellule progénitrice, potentiellement multipotente, peut donner naissance à des cellules tumorales phénotypiquement distinctes.

Au-delà du cas du col de l’utérus, cette découverte ouvre de nouvelles perspectives pour comprendre l’hétérogénéité des tumeurs, un enjeu majeur en cancérologie, notamment pour expliquer certaines résistances aux traitements. Elle suggère que la diversité observée au sein des cancers pourrait, dans de nombreux cas, résulter d’une divergence précoce à partir d’un même événement initial.

En apportant une réponse claire à une controverse de longue date, ces travaux établissent ainsi un nouveau cadre pour appréhender la plasticité tumorale et mieux orienter, à terme, le choix des traitements.


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