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Les gorilles peuvent apprendre à faire confiance aux humains même après des années de pression liée au braconnage, montre une étude de l’Université Concordia

Curiosité et indifférence ont remplacé crainte et agression au cours d’une étude de huit ans au Cameroun

Peer-Reviewed Publication

Concordia University

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Robert Weladji and France Anougue

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Credit: Concordia University

Selon une nouvelle étude dirigée par des chercheurs de l’Université Concordia, le fait d’habituer prudemment des gorilles sauvages à la présence d’humains non menaçants peut aider les animaux à vaincre leur aversion de longue date aux êtres humains dans les zones où ils ont subi dans le passé des perturbations anthropiques comme le braconnage.

L’équipe de recherche a suivi un groupe de 12 gorilles des plaines de l’Ouest vivant sur l’île Dipikar dans le Parc National de Campo-Ma’an, région éloignée du sud du Cameroun où braconnage et autres activités illégales ont été pratiqués dans le passé. Ayant observé de près le groupe sur une période de huit ans, les chercheurs ont noté une lente évolution dans la façon dont les animaux réagissent à la présence d’humains. Alors que les humains provoquaient autrefois agression et évitement, ils suscitent aujourd’hui curiosité et indifférence.

Selon les chercheurs, ces constatations pourraient faciliter la gestion, voire l’expansion, des efforts de conservation et d’écotourisme dans les régions en proie dans le passé à des activités humaines nuisibles.

« L’habituation a donné de bons résultats dans des pays comme l’Ouganda, le Rwanda et la République centrafricaine, mais d’ordinaire le processus est beaucoup plus rapide », affirme l’auteure principale France Anougue, doctorante sous la supervision de Robert Weladji, professeur au Département de biologie.

Elle note que dans les études précédentes, les efforts mis en œuvre pour habituer les gorilles aux humains ont pris entre 28 et 53 mois. Or, son étude à elle a exigé 91 mois de contact quasi quotidien.

Les résultats ont été publiés dans la revue African Journal of Ecology.

Un processus lent, mais qui porte ses fruits

Le projet a commencé par quatre années de surveillance indirecte, de 2011 à 2014. L’équipe de recherche a suivi les gorilles de nid en nid, a cartographié leurs déplacements au moyen de GPS et a cerné le domaine vital du groupe.

Les chercheurs ont établi le contact direct avec les animaux en 2015, en utilisant des signaux sonores et des vocalisations pour annoncer leur présence de façon non menaçante. Le groupe suivi par l’équipe comprenait 12 individus : un gorille de montagne mâle adulte, plusieurs femelles adultes ainsi que des jeunes et des nourrissons.

Durant chaque rencontre, l’équipe consignait les premières réactions des gorilles aux observateurs humains. Les réponses étaient classées en différentes catégories : crainte, agression, évitement, curiosité ou indifférence. De plus, les chercheurs mesuraient combien de temps les animaux restaient en contact avec les observateurs et combien de temps ils restaient bien en vue.

Au fil de l’étude, l’équipe a accumulé près de 582 000 minutes de contact avec les gorilles. À mesure que les années passaient, les animaux passaient de plus en plus de temps près des chercheurs et devenaient plus faciles à observer. On notait une diminution constante des réactions de crainte et d’agression, tandis que celles de curiosité et d’indifférence devenaient de plus en plus communes.

Cette réponse comportementale présentait une corrélation avec la présence de braconniers. Des patrouilles anti-braconnage régulières recueillaient des preuves de cette activité, comme des tirs d’armes à feu, des cartouches tirées et des résidus de feux de camp, et communiquaient cette information à l’équipe de recherche. Selon les données, l’activité humaine nuisible diminuait à mesure que s’élargissaient les campagnes officielles de sensibilisation auprès des communautés locales. Ce travail pour convaincre les résidents des avantages de la protection de la population de gorilles, conjugué à d’autres efforts de conservation, coïncidait avec une habituation croissante.

« Les gorilles ont la capacité de faire la distinction entre des personnes menaçantes, comme les braconniers, et des personnes non menaçantes, comme les chercheurs et les touristes, souligne France Anougue. Nous avons également observé cette tolérance chez de jeunes gorilles, ce qui semble indiquer que ce comportement leur est appris par d’autres membres du groupe. Gagner leur confiance n’a pas été facile. »

La conservation a de nombreux avantages

Bien que les niveaux de braconnage dans la région soient maintenant faibles et ne semblent plus avoir d’incidence sur la vie quotidienne des animaux, le comportement des gorilles donne à penser que les antécédents de cette pratique et d’autres activités illégales les ont rendus plus prudents, même de nombreuses années plus tard. Atténuer ce comportement peut prendre du temps, mais ce travail apporte une foule de bienfaits.

« Cette étude montre que protéger les gorilles favorise la biodiversité, et les communautés locales profitent des retombées économiques de l’essor de l’écotourisme, fait valoir France Anougue. L’habituation peut aussi contribuer à réduire les effets des changements climatiques par la régénération des forêts, les gorilles étant d’importants disséminateurs de graines qui aident à maintenir les forêts en santé. »
 

Elle prévient que les efforts d’habituation doivent être maintenus pour que ces bienfaits se poursuivent.

« Sans la présence quotidienne des équipes de terrain, des touristes et des patrouilles anti-braconnage, ces populations seront très vite exposées de nouveau au danger. »

Ont contribué à cette recherche Calvin Fondja, Zacharie Nzooh Dongmo et Marius Sombambo du World Wild Fund for Nature, le programme pays du Cameroun ainsi que Shelly Masi du Centre national de la recherche scientifique et de l’Université Paris Cité.

Le financement de cette étude a été fourni par le Zoo de Granby et le Conseil de recherches en sciences naturelles et en génie du Canada.

Lisez l’article cité : « Habituation as an Effective Conservation Tool for Western Gorillas in Areas With a History of Poaching ».


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